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Carnet d’un printemps au mont Washington

16 April 2026
Texte  
Marie-Charles Pelletier
Photo  
Hors-piste

Carnet d’un printemps au mont Washington

April 16, 2026

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Marie-Charles Pelletier

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Carnet d’un printemps au mont Washington

April 16, 2026

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Marie-Charles Pelletier

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Nous sommes conscients que le contexte politique actuel amène certain·e·s à reconsidérer leurs déplacements vers les États-Unis. Ce carnet ne cherche pas à contourner cette réalité, mais à élargir la perspective : vers un territoire qui échappe aux lignes tracés sur une carte et vers la nature qui suit son cours.

Dans le nord du New Hampshire, au cœur des Montagnes Blanches, le mont Washington s’élève à plus de 1 917 mètres. Bien qu’il ne soit pas le plus haut sommet de la côte est, il est probablement l’un des plus emblématiques.

Les vents qui balaient ses crêtes ont longtemps détenu un record mondial — 372 km/h mesurés en 1934 et ceux et celles qui l’ont déjà gravi savent que la montagne est réputée avoir parmi les conditions météorologiques les plus imprévisibles en Amérique du Nord. Depuis le XIXᵉ siècle, scientifiques, alpinistes et touristes s’y succèdent pour observer son climat changeant et son relief singulier, façonné par les glaciers.

Creusé dans son flanc est, le Tuckerman Ravine forme un vaste amphithéâtre naturel dont les pentes dépassent par endroit les 50 degrés. Dans les années 1930 et 1940, bien avant l’essor des stations modernes, on venait déjà y skier au printemps. Encore aujourd’hui, dès que la température se fait plus clémente, que les journées s’allongent et que le manteau neigeux se stabilise, skieur·euse·s et planchistes y convergent, perpétuant un rendez-vous saisonnier qui tient presque du rituel. Pour Camille, Louis-Charles et Philippe, trois ambassadeur·rice·s de la marque montréalaise Orage, cette escapade printanière est devenue une tradition.

« Il y a quelques années, on a pris l’habitude de faire notre propre version du sea-to-sky pendant la fin de semaine de la Reine », raconte Camille. « On va skier au mont Washington avant de descendre vers la côte. Chaque année, le groupe s’agrandit. »

Voici un petit carnet de voyage issu de leurs nombreux périples.

Départ de Montréal : 5h00 am
Altitude : 10 mètres

Départ dans la nuit pour ajouter au sentiment d’aventure. 

Alternative si votre horaire le permet: partir la veille au soir et dormir dans un petit motel des White Mountains. 

Avant de prendre la route, assurez-vous d’avoir tout votre équipement. Il n’y a rien comme faire 4h de route pour réaliser que nos bottes sont restées sur le pas de la porte. 

Dans l’auto: vos skis/planches, vos bottes, votre passeport et votre thermos de café.

Dans vos sacs à dos : peaux de phoque, crampons, crème solaire et suffisamment de couches pour s’adapter aux caprices de la montagne — dont la réputation n’est plus à faire — bas de rechange, plus de collations que nécessaire, de l’eau, une lampe frontale, un appareil photo, des piles supplémentaires, de la corde et tout autre article qui pourrait vous être utile en cas de malchance. Et quelque part au fond du sac, vos bières d’après-ski.

Pendant que tout le monde dort encore, roulez vers le Sud en vous demandant à quel moment l’idée de se lever à 4h du matin pour aller skier vous a semblé raisonnable, traversez la frontière, puis laissez défiler les forêts denses du nord du New Hampshire. Au détour d’une vallée, dans la lumière du jour qui se lève, vous verrez apparaître l’imposant profil du Mont Washington.

Arrivée dans les montagnes blanches : 8h42 am
Altitude: 620 mètres

La route s’arrête au Pinkham Notch Visitor Center.

On peut y lire l’histoire gravée dans le relief du massif. Les Montagnes Blanches comptent parmi les plus anciennes montagnes d’Amérique du Nord. Après des centaines de millions d’années d’érosion, elles ont été profondément remodelées par les glaciers de la dernière glaciation. En se retirant, la glace a laissé derrière elle d’immenses amphithéâtres naturels — les ravins qui entaillent aujourd’hui les flancs du mont Washington.

Après cette brève lecture, préparez-vous dans le stationnement aux côtés d’autres adeptes de sport alpin. Étirez-vous, remplissez vos bouteilles d’eau, attachez ski/planches/bottes à votre sac à dos et lacez vos bottes de randonnée: l’approche se fait à pied.

« Au printemps, tu commences la montée à pied avec tes skis sur le dos », explique Camille. « La neige se trouve plus haut en altitude. »

Tuckerman Ravine Trail
Distance : 3,8 km
Dénivelé : 550 mètres

Le sentier s’enfonce à travers une forêt mixte qui se remet encore de son hiver. Le chemin rocailleux n’est pas particulièrement technique, mais la montée est constante pendant environ deux heures. Lorsque la neige persiste ou que le gel et le dégel ont formé une fine couche de glace, les crampons peuvent s’avérer utiles. Un petit ruisseau accompagne la progression par endroit et les parois du ravin se profilent éventuellement à travers les épinettes. 

Après 3,8 km, vous atteignez Hermit Lake Shelters, au pied du bol.

Hermit Lake Shelters : 11h08 am
Altitude : 1150 mètres

Au pied de la montagne, le lieu ressemble à un petit camp alpin.
Comme la zone alpine est relativement accessible, un gardien est présent en permanence pour informer les randonneur·euse·s des conditions météo, des risques d’avalanche et des particularités de l’environnement alpin du Mount Washington et de Pinkham Notch. Autour de sa cabane, des abris rustiques et quelques plateformes de tente sont dispersés parmi les arbres. C’est ici, au pied du ravin, que plusieurs choisissent de passer la nuit.

Devant les structures de bois, Tuckerman Ravine se dresse comme un vaste cirque naturel de neige et de granit.

Tuckerman’s Ravine : 12h32 pm
Montée : Left Gully
Dénivelé : 550 mètres
Altitude : 1680 mètres

Depuis le bas du bol, la montée du Left Gully prend environ une heure, selon les conditions. La montée se fait directement dans le couloir, skis ou planche à neige attachés au sac à dos. La pente est assez abrupte, oscillant autour de 45 degrés, et les crampons sont souvent nécessaires. Chaque pas dans ce ravin demande d’être attentif·ve à son environnement. Le vent impose lui aussi sa présence à mesure que l’on gagne en altitude. 

« Left Gully, c’est un peu le boot pack classique », explique Camille. « Un rite de passage. »

Une fois au sommet du bol, la forêt que l’on a traversée plus tôt paraît lointaine. De là, plusieurs couloirs sont accessibles, chacun ramenant au pied du ravin, d’où l’on peut ensuite remonter Left Gully ou Right Gully

« Le bol fait en sorte que tout le monde se rassemble en bas », explique Camille. « Au printemps, les gens s’installent au soleil pour manger, jaser et regarder les autres skier. »

Quand la journée tire à sa fin, Camille, Louis-Charles et Philippe remontent une dernière fois le ravin pour descendre Hillman's Highway. Orientée au nord, cette ligne reste souvent skiable plus tard que les autres au printemps. La pente est engagée, mais la neige de saison — granuleuse et stable — permet généralement de contrôler naturellement sa vitesse. La descente ramène aux Hermit Lake Shelters.

Sherburne Ski Trail : 6h00 pm
Altitude : 1300 mètres
Dénivelé : 680 mètres

Sherburne Ski Trail est un sentier d’environ quatre kilomètres qui a été taillé dans la forêt pour permettre de redescendre directement jusqu’au stationnement — à moins de passer la nuit dans un des abris à Hermit Lake Shelters.  

Ceux et celles qui ne veulent pas nécessairement s’aventurer dans l’alpin peuvent d’ailleurs monter jusqu’au refuge et apprécier la vue de Tuckerman Ravine avant de simplement redescendre par ce long ruban de neige. 

De retour au stationnement, les skis retrouvent le toit, les sacs s’empilent dans le coffre et le tant attendu sac de chips s’ouvre enfin. Et quelque part sur la route qui mène vers les plages du Maine ou vers Montréal, pendant que le mont Washington rétrécit dans le rétroviseur, on se dit au printemps prochain.

À 4 h du matin, on ne se lève pas simplement pour skier. On se lève pour vivre une expérience, pour la longue route avec des ami·e·s, pour la montée, pour la descente et pour tous les instants suspendus entre les deux,  pour partager un sandwich au soleil, pour être en silence, pour écouter la neige fondre ou le vent se lever. Orage est une marque née de ce sentiment : celui de faire de chaque sortie un rituel et de chaque montagne un lieu que l’on apprend à connaître et à respecter. Parce que ce qui donne du sens à chacun de ces pas dans la neige, c’est de savoir en apprécier les subtilités, de voir la nature évoluer au fil des saisons ou des années et d’avoir envie de la protéger pour les générations qui entreprendront le même trajet à chaque futur printemps.

Marie-Charles Pelletier
Rédactrice
Originaire de Montréal, Marie Charles Pelletier est une productrice et rédactrice créative qui se distingue par sa profonde sensibilité à l’expérience humaine et à la beauté des scènes ordinaires.

NOUVEAU MAGAZINE nº17

ÉPHÉMÈRE

Dans ce numéro, nous explorons l’art de l’instant, la mort, la nature, les relations qui se fanent ou se transforment. À travers des récits où l’impermanence et la précarité du vivant se révèlent, nous réfléchissons à la manière dont nous vivons, créons et nous engageons dans un monde en perpétuelle mouvance.
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