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Lawrence Fafard : l'image comme espace vivant

21 May 2026
Texte  
Marie-Charles Pelletier
Photo  
Lawrence Fafard
Créateur.rice.s

Lawrence Fafard : l'image comme espace vivant

May 21, 2026

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Marie-Charles Pelletier

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Lawrence Fafard

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Lawrence Fafard : l'image comme espace vivant

May 21, 2026

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Marie-Charles Pelletier

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Lawrence Fafard

Dans le travail de Lawrence Fafard, l'image est moins une capture qu'un territoire changeant, qui se meut et qui s'habite. Ses photographies ne cherchent pas seulement à documenter le réel, mais à le rendre plus poreux, à le fragmenter, à l’ouvrir à d’autres possibles. La photographie n'est pas figée. Artiste multidisciplinaire et directeur artistique autodidacte, basé à Montréal, Fafard a développé une pratique qui part de la photographie comme preuve — une trace tangible d’un instant vécu — avant de venir la manipuler pour brouiller les frontières entre ce que l’on voit et ce que l’image peut devenir.

« Ma pratique prend principalement la forme du portrait, mais je travaille l’image comme une matière vivante, quelque chose qu’on peut transformer, altérer, mettre en tension. C’est dans ces gestes que s’ouvrent des espaces plus spéculatifs. » — Lawrence Fafard

L’artiste s’appuie notamment sur des procédés alternatifs et une manipulation matérielle de l’image comme le cyanotype, mais aussi par différentes formes de transfert, de recolorisation ou de superposition.

Son récent livre, Au revoir, publié aux Éditions Cardinal, s’inscrit dans cette continuité. À travers des fragments photographiques et des éléments poétiques, le projet examine la persistance matérielle des images à une époque où elles circulent de manière de plus en plus dématérialisée. Le livre interroge ce que les images peuvent encore contenir : des traces du temps, de son passage, de la mémoire qu’il laisse.

Au revoir par Lawrence Fafard

Les thèmes qui traversent son travail — le genre, le corps, l'appartenance, le fantasme, la communauté — ne relèvent pas d'un choix intellectuel. Ils sont incarnés, émergent d'expériences vécues, d’un rapport au monde souvent situé en marge. « Il y a quelque chose de particulier dans le fait de traverser la vie dans un monde qui ne semble pas entièrement pensé pour nous, un corps qui ne correspond pas toujours à ce qu'on est, ou à ce qu'on désire devenir, un sentiment d'appartenance qui peut être rare, fragile, parfois inaccessible», confie Lawrence Fafard. L'imaginaire s'est imposé comme une réponse : « un espace parallèle où différentes perspectives existent, un lieu où ce qui semble impossible dans le tangible peut être envisagé, puis parfois ramené dans le réel ».

Et si la ville demeure son lieu de vie, la nature occupe pourtant une place essentielle dans son équilibre personnel comme dans son imaginaire. « J’ai besoin de retrouver la nature dès que possible », confie l’artiste. Sentir le sol sous ses pieds, respirer l’air frais, retrouver une autre temporalité : cette relation au territoire agit chez Lawrence comme une forme de recentrage. Dans son quotidien montréalais, c'est davantage « une aspiration qu'une présence constante. Quelque chose que je cherche à recréer, même à petite échelle. » Lors de son passage à BESIDE Habitat, ce lien s’est manifesté avec encore plus d’évidence.

Son séjour a été une occasion concrète de laisser l'espace agir sur iel. Plutôt que de chercher à produire rapidement, Fafard raconte avoir ralenti, observé davantage, laissé les images émerger d’elles-mêmes. Entre les marches en forêt, les expérimentations à l’aquarelle et les séances photo improvisées, le séjour a nourri une pratique déjà attentive aux formes de contemplation et de présence. Le calme du lieu, la manière dont la lumière habite les espaces et l’intégration discrète des habitations dans la nature et le ciel étoilé ont laissé une empreinte sensible dans son processus.

À travers ses images, Lawrence Fafard poursuit une réflexion sur la photographie comme espace de transformation — un territoire où l’intime, le politique et l’imaginaire se rencontrent pour ouvrir d’autres manières de voir et d’habiter le monde. La photographie devient ainsi un outil de collectivité. C’est, dit-iel,« un pont capable de créer des espaces de rencontre, tangibles ou spéculatifs, qui permettent à la fois le rassemblement et l'intimité ». Cette dimension collective occupe d’ailleurs une place grandissante dans sa réflexion. En 2025, parallèlement à la publication d'Au revoir, Fafard a présenté l'exposition solo Blueprints of Belonging à Entretemps/Meanwhile et participé à l'exposition collective Translations à l'Écomusée du fier monde.

Le livre Au revoir est disponible dans plusieurs librairies au Québec. Ses impressions, ses projets et ses travaux récents sont aussi visibles sur son site web et sur Instagram. @lawrencefagard

Lawrence Fafard, en 10 questions

B: Ce que tu fais les cinq premières minutes dans un nouvel espace ?

LF: J’ouvre les fenêtres et je regarde la position du soleil.

B: Comment prends-tu ton café?

LF: Cortado, avoine

B: Ta recette de prédilection quand tu pars dans un chalet?

LF: Pasta

B: Un·e photographe qui t’inspire?

LF: Harley Weir

B: L’album que tu ne t’es jamais tanné d’écouter?

LF: Nicolas Jaar, Space is Only Noise

B: Le paysage qui suscite la plus grande émotion chez toi?

LF: Les montagnes, les ciels, les rivières.

B: Qu’est-ce que tu lis en ce moment?

LF: Les têtes brûlés, Catherine Dorion

B: L'heure de la journée où tu te sens le plus inspiré ?

LF: 8h du matin

B: Un son qui t'apaise instantanément ?

LF: Mon chien qui soupire

B: À quoi ressemble l’été à venir?

LF: Plein de belles collaborations photo à venir, beaucoup de lumière, de longues journées dehors, et j’espère plusieurs golden hours à photographier les gens que j’aime. En parallèle, j’ai créé une ligue de beach volley queer. J’ai envie d’être plus en communauté, d’investir mon temps autrement, créer des espaces de rencontre qui existent aussi en dehors de l’image.

Marie-Charles Pelletier
Rédactrice
Originaire de Montréal, Marie Charles Pelletier est une productrice et rédactrice créative qui se distingue par sa profonde sensibilité à l’expérience humaine et à la beauté des scènes ordinaires.

NOUVEAU MAGAZINE nº17

ÉPHÉMÈRE

Dans ce numéro, nous explorons l’art de l’instant, la mort, la nature, les relations qui se fanent ou se transforment. À travers des récits où l’impermanence et la précarité du vivant se révèlent, nous réfléchissons à la manière dont nous vivons, créons et nous engageons dans un monde en perpétuelle mouvance.
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