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Le froid qui rassemble

17 March 2026
Texte  
Marie-Charles Pelletier
Photo  
MF et AlexLev
Hors-piste

Le froid qui rassemble

March 17, 2026

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Marie-Charles Pelletier

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MF et AlexLev

Hors-piste

Le froid qui rassemble

March 17, 2026

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Marie-Charles Pelletier

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MF et AlexLev

Plus que du ski. Depuis toujours. À Murdochville, le slogan d’Orage n’est pas qu’une signature, c'est un état de fait. Une réalité qui s’impose, se partage et soude ceux et celles qui s’y exposent. À un ressenti de -39 °C, le froid est une présence qui s’infiltre dans les gants, les bottes et sous les paupières si l’on a le malheur d’ouvrir les yeux trop grands. Du 22 au 25 janvier dernier, pour la deuxième année consécutive, la marque née du froid a trouvé un écho naturel dans les Chic-Chocs, où 200 femmes étaient rassemblées pour la 10e édition du White Lips.

Cet événement de ski et de planche hors-piste s’inscrit dans une volonté plus large : démocratiser la présence des femmes en montagne et leur offrir les outils nécessaires pour évoluer en autonomie dans le backcountry — soit dans des zones situées en dehors des domaines skiables balisés où la montagne se vit sans infrastructures et, habituellement, sans services de secours.* Pour atteindre ces sommets, les participantes collent des peaux de phoque sous leurs skis ou leur planche et doivent avoir sur elle des dispositifs de sécurité (DVA, pelle, sonde). Les conditions ne sont ni contrôlées, ni surveillées et la gestion du risque repose sur la préparation individuelle. L’idée est donc de transmettre une compréhension fine de ces environnements pour renforcer la confiance et la responsabilité individuelle, afin que chacune d’elles puisse se déplacer en montagnes en connaissance de cause et avec le respect qu’elles exigent.

*Dans le cadre de l’événement, plusieurs équipes sont en place afin de pouvoir intervenir rapidement en cas de besoin.

Pendant que les rafales balayent les rues dans la ville, les quelque 150 participantes, une trentaine d’ambassadrices, des guides et des bénévoles se réunissent soirs et matins dans l’ancienne église qui sert de quartier général et où se partagent les repas, les conversations et les pas de danse.

Elles ont 20, 40 ou 60 ans. Certaines débutent, d’autres cumulent des années d’expérience, mais elles ont toutes en commun leur amour des montagnes et leur volonté de mieux les comprendre. Parce qu’il faut une forme de dévotion pour s’inscrire à un tel rendez-vous, pour prendre la route jusqu’au milieu de la péninsule gaspésienne, parfois entre amies, parfois seule.

Le White Lips se distingue des autres événements au Québec par la nature de son terrain de jeu, notamment par la hauteur de ses sommets et la présence de zones alpines. Pendant quatre jours, les participantes ont pu mettre leurs connaissances à l’épreuve en lisant le relief sur le mont York, le mont Porphyre ou le mont Lyall dans le Parc national de la Gaspésie. Le froid et le vent, au-delà de geler les os ou de venter les toupets, impactent le manteau neigeux et offrent autant de leçons observables. 

« Quand les filles de mon groupe ont aperçu le sommet du mont Lyall et se sont retrouvées en terrain alpin, elles ont eu les jambes un peu molles, mais on a pris le temps de lire les signes et de choisir une ligne de descente en fonction de nos observations », raconte Camille Hébert, ambassadrice Orage et guide à White-Lips.

Les montagnes ont une capacité unique, par leur magnitude et la force qui s’en dégage, de nous rappeler que le risque appartient au paysage. Cette conscience, ultimement, est ce qui nous maintient alerte et attentif·ve·s.

Mais au-delà de ces crêtes imposantes, c’est l’énergie collective qui marque les esprits. Le fait de se retrouver si loin, dans cette petite ville enclavée au milieu des montagnes, crée une atmosphère singulière. Comme si la rudesse de l’hiver incitait naturellement à se serrer les coudes. Les encouragements fusent et les questions sont accueillies sans jugement. Dans un milieu souvent dominé par la performance et la comparaison, cette expérience entre femmes transforme la dynamique. Elle devient un espace à part, comme un sanctuaire improbable où développer sa technique tout en consolidant sa confiance.

« Ce qui rend cet événement si puissant, ce n’est pas seulement la performance. C’est la force des femmes qui avancent et s’élèvent ensemble. Être entourée de femmes, se lever tôt, braver le froid, repousser nos limites, s’élever les unes les autres, progresser sur la montagne puis se retrouver sur un dancefloor le soir… c’est particulier », raconte Alex d’Anjou, spécialiste marketing chez Orage et participante au White Lips.

Parce que les journées ont beau être longues, les participantes se retrouvent immanquablement pour un après-ski, que ce soit dans l’ancienne église ou au pied des pentes, sur une piste de danse éclairée par les phares des dameuses. Ces soirées viennent sceller une forme de pacte silencieux — la conscience d’avoir partagé une expérience rare. Un rassemblement comme il s’en fait peu, où l’on se sent littéralement porté par l’intensité de chaque journée, par l’énergie de celles que l’on voit se dépasser et surtout, le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi.

Partenaire officiel pour une deuxième année, Orage s’inscrit naturellement dans cet environnement. Soutenir le White Lips, c’est appuyer concrètement des femmes qui veulent passer du temps dehors et apprendre à lire le territoire pour mieux l’explorer. Dans un Québec où les événements de ski hors-piste de cette ampleur sont rares, l'événement devient pour un point de rencontre et l’occasion de d’échanger directement avec une communauté passionnée. Au cœur de l’hiver gaspésien, le White Lips rappelle que la montagne n’exclut personne. Elle enseigne. Et surtout, elle rassemble.

Marie-Charles Pelletier
Rédactrice
Originaire de Montréal, Marie Charles Pelletier est une productrice et rédactrice créative qui se distingue par sa profonde sensibilité à l’expérience humaine et à la beauté des scènes ordinaires.
NOUVEAU MAGAZINE nº17

ÉPHÉMÈRE

Dans ce numéro, nous explorons l’art de l’instant, la mort, la nature, les relations qui se fanent ou se transforment. À travers des récits où l’impermanence et la précarité du vivant se révèlent, nous réfléchissons à la manière dont nous vivons, créons et nous engageons dans un monde en perpétuelle mouvance.
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