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Restants de table

23 April 2026
Texte  
Christina Holmes
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Christina Holmes
Besiders

Restants de table

April 23, 2026

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Christina Holmes

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Besiders

Restants de table

April 23, 2026

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Christina Holmes

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Christina Holmes

Trouver la permanence dans ce qui est voué à disparaitre, et la beauté dans ce est sur le point de s’envoler. 

L’art de la table. Une éphémérité inhérente. La préparation, la mise en place, l’anticipation consciente d’un moment destiné à être savouré… pour ensuite s’évaporer. Une table. Des couleurs, des palettes de gouts et l’inévitable suite des choses: des plats mangés, des verres vidés, des chandelles brulées. L'imperfection des traces laissées derrière.

Je ressens le besoin de garder l’empreinte de la fin d’un repas, ou de son début. Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’y reviens chaque fois. Je fais défiler les photos sur mon téléphone, mes archives d’images, et ces moments reviennent encore et encore. Souvent, presque tout le temps, je me fais un devoir de laisser le sentiment de finalité à table. Exercice difficile, mais nécessaire. Quoique… peut-être pas toujours. Et si capter ces brefs instants me permettait de les revivre autrement, mais dans toute leur justesse? Moins comme un souvenir de l’expérience que comme l’essence de ce qui s’en rapproche le plus. Et si je n’avais pas croqué le moment sur le vif, est-ce que cette éphémérité serait rêvée autrement? Les détails imparfaits ravivés avec la même exactitude? L’expérience se serait-elle attardée en moi, différemment, mais plus intensément ? Les souvenirs en auraient-ils été plus précieux ?

Ces repas, fugaces par nature, laissent derrière eux la trace d’un certain excès dans leur diversité. Des salons d’aéroport aux plateaux servis à bord, des tables remplies aux assiettes raclées, chaque repas est une cérémonie — du déjeuner au souper et tous les encas qui se glissent entre les deux. Qu’ils soient pris à l’intérieur, à l’abri, ou à l’extérieur, balayés par le vent et baignés de soleil, les repas sont parfois bruts, parfois instinctifs, mais toujours en phase avec ce qui se vit. Peut-être que mon amour pour la nourriture a été façonné par le fait d’avoir grandi à la ferme, ou par les émotions et les conversations qu’ils font naitre. Quoi qu’il en soit.

Est-ce la préparation, l’exécution, les premières bouchées — la fin? Je revisite ces moments dans l’auparavant des repas, dans l’impermanence qui y flâne souvent. Rester à table assez longtemps pour déboucher une autre bouteille, couper une autre pointe de tarte ou un dernier morceau de fromage. Et faire juter cette tomate bien mure sur une tranche de pain parfaitement grillée, avant de l’arroser d’un dernier filet de cette huile d’olive. Montrant ainsi la tension, trouvant la permanence dans ce qui est voué à disparaitre, et la beauté dans ce qui est sur le point de s’envoler.

Christina Holmes
CHRISTINA HOLMES considère la photographie comme un acte puissant : capter un instant pour qu'il traverse le temps. Élevée dans une ferme au Michigan, elle vit aujourd’hui à New York et signe des campagnes internationales articulées autour de l’authenticité. Son travail mêle l’esthétique brute du reportage à un héritage personnel inspiré de la gastronomie, de la mode et des rituels quotidiens.

NOUVEAU MAGAZINE nº17

ÉPHÉMÈRE

Dans ce numéro, nous explorons l’art de l’instant, la mort, la nature, les relations qui se fanent ou se transforment. À travers des récits où l’impermanence et la précarité du vivant se révèlent, nous réfléchissons à la manière dont nous vivons, créons et nous engageons dans un monde en perpétuelle mouvance.
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