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Une ode à nos tempêtes

29 January 2026
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Marie-Charles Pelletier
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Hors-piste

Une ode à nos tempêtes

January 29, 2026

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Marie-Charles Pelletier

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Une ode à nos tempêtes

January 29, 2026

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Marie-Charles Pelletier

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ORAGE s’inspire des territoires et des gens qui les parcourent pour créer des vêtements aussi uniques que la relation qui les unit.

Il y a des marques qui naissent d’une idée. Et d’autres qui naissent d’un climat. La marque québécoise ORAGE est de celles qui ont été forgées dans la rudesse obstinée des hivers. Ceux qui endurcissent, rassemblent et inspirent les manières de vivre. Ancré dans l’âge d’or du freeski, ORAGE a contribué à façonner une culture, mais surtout une façon d’habiter le territoire et d’habiller le mouvement au moyen de vêtements qui rompent avec les conventions. Parce qu’au-delà du sport, c’est de son essence qu’il est question : des moments que l’on partage avant et après les virages, des matins à -25°C, des amitiés qui naissent dans un télésiège, des voitures que l’on sort du banc de neige et des conversations qui en découlent.

La nature transitoire de nos saisons imprègne la marque et en trace l’histoire.

Blake Jorgensen. 2012. Banks Gilberti. Colorado, États-Unis.

Mars 1989 : l’orage

Le matin du 13 mars 1989, une forte éjection de masse coronale frappe la Terre. Le réseau électrique d’Hydro‑Québec s’effondre, plongeant près de six millions de foyers dans le noir et dans le froid mordant de l’hiver. Ces interruptions de courant ne sont pas étrangères au territoire québécois; elles s’inscrivent dans son identité collective. Et il arrive qu’en émergent des flammèches — ou des idées. Au cours de ce même hiver, donc, un mouvement prend forme. Dans un garage sur la rive sud de Montréal, Eric et Evelyn, deux passionné·e·s de ski, conçoivent les premiers vêtements ORAGE. Des vêtements qui sortent des codes pour répondre à des hivers qui sortent des normes. Les pantalons aux patchs carreautés sur les genoux créés pour l’équipe de ski de l’UQAM et le logo en forme d’arbre deviendront des emblèmes reconnaissables pour les adeptes de ski pendant les années 1990. Sans le savoir, le duo entame une petite révolution créative qui participe à l’émergence du freeski. Ce sera le début de ORAGE : une marque née des grosses bordées, des pannes d’électricité, d’un voisin qui déblaie nos escaliers. Ou peut-être d’un orage géomagnétique.

Mars 1993 : la grande bordée

En mars 1993, des bourrasques de plus de 80 km/h balaient Montréal et atteignent les 140 km/h ailleurs au Canada. Les accumulations dépassent 50 cm, les écoles sont fermées et le pays entier s’immobilise sous la neige. ORAGE, elle, avance. Les tissus s’améliorent, les coupes s’affinent, l’équipe s’agrandit. Chaque tempête devient un laboratoire pour apprendre à mieux tirer parti du territoire.

Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ) - Fonds Ministère des Richesses naturelles - Archives nationales à Rouyn-Noranda. 1927-1994.

Janvier 1998 : le verglas 

En janvier 1998, la crise du verglas s’abat sur la province. Les arbres ploient sous le poids de la glace, les vitres sont des jardins de givre (comme dirait l’autre) et les gens se rassemblent là où les génératrices ronronnent. Pendant des jours ou des semaines, selon les régions, les Québécois·es se serrent les coudes pour affronter une tempête qui n’épargne personne, mais qui enseigne à tout le monde la résilience. Le froid extrême, la glace, la fragilité de nos infrastructures agissent comme un rappel : la rigueur du climat nous oblige, ici plus qu’ailleurs, à être préparé·e·s. Chez ORAGE, les collections se font toujours plus techniques, avec des matériaux qui nous tiennent au chaud et au sec pour faire face aux conditions extrêmes auxquelles le produit est exposé.

2002 – 2010 : la révolution

Les années 2000 marquent un virage. ORAGE s’impose dans l’univers du freeski, à contrecourant de l’image traditionnelle du ski et plus près de la culture du snowboard. Le style devient un langage et incarne une nouvelle forme de liberté dans le mouvement au moyen de coupes plus amples et de matériaux qui défient les standards. L’«anti-compétition» ORAGE Masters scelle l’identité de la marque. Pendant ces évènements — le premier à Whistler en 2002, suivi d’éditions à Retallack et Sun Valley dans l’Idaho — les règles ne s’appliquent plus. La créativité prime sur la performance technique et la rivalité laisse la place à l’esprit de communauté. Puis vient l’ère des légendes : JP Auclair, Michelle Parker et Phil Casabon rejoignent l’équipe. Chaque athlète incarne à sa façon l’âme rebelle, résolument libre et novatrice de la marque.

En 2007, avec la campagne Respect the Revolutionaries, ORAGE devient la voix d’une génération de skieur·euse·s qui n’attendent pas qu’on les applaudisse, mais qu’on les laisse skier le terrain comme bon leur semble.

2010 – 2015 : la poudreuse

La collaboration avec Retallack Lodge pousse plus loin encore la notion d’aventure. Les catskis affichent les couleurs d’ORAGE et la poudreuse soude une communauté qui continue d’évoluer. Le mouvement s’est fait naturellement : les jeunes qui ne vivaient que pour les parks ont grandi, mais n’ont jamais cessé de jouer dehors. Ils se retrouvent désormais en haute montagne, où les reliefs naturels deviennent autant d’occasions de se réinventer. C’est l’âge d’or du freeride : l’arrière-pays devient un terrain d’expression, les vêtements sont à la fois hommage et manifeste. Au fil des années, le style et la performance ne s’opposent plus — ils fusionnent. Les collections sont pensées pour les aléas du temps et inspirées par les lignes que l’on trace comme un témoignage de notre passage dans l’arrière-pays. L’équipe d’ORAGE parle de coupes, de tissus, de fonctionnalités comme on parle de la trajectoire d’une tempête et de son impact sur le terrain. Toujours portée par la même intention : faire de l’hiver une expérience et de chaque montagne, un canevas.

Mars 2017 : les records

Les 14 et 15 mars 2017, l’Estrie est ensevelie sous 119 cm de neige. Les routes sont fermées en raison des conditions de blizzard. À l’échelle de la province, les chutes de neige enregistrées battent des records. Le climat change, se dérègle, se déchaine. ORAGE répond par l’innovation avec des vêtements pensés pour les transitions météorologiques. Le vêtement devient un écosystème conçu pour protéger ceux et celles qui bravent les routes secondaires pour se rendre à la montagne ou qui skient dans leur cour arrière.

2019 – 2022 : l’accalmie

ORAGE fête ses 30 ans et le monde s’arrête. Alors que la pandémie bouleverse les habitudes de tout le monde et confine les gens à leur salon, les Québécois·es répondent en se tournant vers la nature. Les sentiers, les parcs et les montagnes deviennent des refuges où se poser, où se retrouver et où se dépenser. Prendre l’air incarne une nouvelle forme de liberté : les journées de ski deviennent des occasions de troquer les masques pour des cagoules et l’engouement pour les sports de plein air atteint de nouveaux sommets. On assiste à une prise de conscience collective : le territoire et notre façon de l’habiter font partie intégrante de l’identité québécoise. ORAGE répond à cette effervescence en doublant la production et en optimisant ses vêtements pour accompagner cette manière renouvelée de vivre dehors.

Phil Emond. 2021. Untitled. Black Lake, Thetford Mines, Québec, Canada.

2022 – 2025 : le renouveau

Au fil de ces petits et grands bouleversements, de ces virages et de ces tempêtes, ORAGE avance aujourd’hui avec un vent dans le dos, porté par la passion constante que lui inspirent les montagnes et par une philosophie qui vit bien au‑delà des pentes. Les bretelles orange de la marque québécoise sont devenues une signature reconnaissable dans n’importe quel chalet de ski du monde. En 2023, le magasin phare de Chamonix ouvre ses portes et incarne cette évolution : un lieu où le patrimoine s’invite ailleurs.

Mason Mashon. 2022. Untitled. British Columbia, Canada.

Février 2025 : la double tempête

Entre le 12 et le 16 février 2025, deux tempêtes successives s’abattent sur Montréal, cumulant près de 75 cm de neige — la plus importante accumulation en cinq jours depuis le début des relevés en 1941. Les charrues passent du matin au soir, les gens pellètent, s’entraident, déterrent les voitures ensevelies, pendant que d’autres skient dans les rues de la ville.

Dans un monde qui cherche souvent à fuir l’hiver, ORAGE le célèbre. Parce qu’ici, on ne redoute pas le froid, on le connait par son prénom. On l’a vu dans tous ses états. On reconnait ses silences, ses bourrasques ou ses ciels qui laissent présager la neige, la pluie ou la grêle.

Félix Rioux. 2003. Mike Nick. Montréal, Québec, Canada.

Une marque née du climat

De Saint-Sauveur à Murdochville, de Sutton au Valinouët, les Québécois·es ont su apprivoiser le froid et en faire une culture, en skiant à -40 °C, en s’habillant chaudement pour jouer dehors, en glissant sur un cabaret une fois que la station de ski ferme, en se gelant les os et en s’émerveillant encore devant les arbres qui penchent sous le poids de la neige. Cette intimité avec les éléments s’inscrit dans l’ADN de la marque. ORAGE est un hommage aux gens qui sortent quand tout le monde rentre. Qui saluent la beauté d’un territoire changeant. Qui trouvent du réconfort dans l’impermanence des hivers.

Plus que du ski. Depuis toujours.

ORAGE n’est pas seulement une marque. C’est un appel à sortir. Pionnière du freeski, la marque a traversé plus de 30 ans de bouleversements dans l’industrie en s’adaptant immanquablement à l’impermanence du climat et en faisant des extrêmes un moteur de création avec un design qui vit au-delà de la montagne. Parce que tant qu’il y aura des tempêtes à traverser, il y aura ORAGE pour s’habiller.

En 2022, ORAGE signe un partenariat avec Protect Our Winters, dont la mission est de mobiliser les amateur·rice·s de ski, de snowboard et de randonnée pour lutter contre le changement climatique; pour protéger les hivers et ce qu’ils inspirent.

Marie-Charles Pelletier
Rédactrice
Originaire de Montréal, Marie Charles Pelletier est une productrice et rédactrice créative qui se distingue par sa profonde sensibilité à l’expérience humaine et à la beauté des scènes ordinaires.
NOUVEAU MAGAZINE nº17

ÉPHÉMÈRE

Dans ce numéro, nous explorons l’art de l’instant, la mort, la nature, les relations qui se fanent ou se transforment. À travers des récits où l’impermanence et la précarité du vivant se révèlent, nous réfléchissons à la manière dont nous vivons, créons et nous engageons dans un monde en perpétuelle mouvance.
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